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vendredi 31 janvier 2014

Exploration et exploitation du pétrole dans le Parc des Virunga : les autorités congolaise choisissent le gain facile au détriment du développement durable et de la paix sociale

Ce vendredi 31 janvier 2014, la ville de Goma a été l'hôte d'un atelier qui a réuni les représentants du Gouvernements et du Parlement venus de Kinshasa, les autorités de la province du Nord-Kivu, l'Institut congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) et la Société civile du Nord-Kivu. Au menu des discussions : "l'exploitation du pétrole dans les aires protégées de la RDC", notamment dans le Parc National des Virunga, pourtant classé bien du patrimoine commun de l'humanité.
Le gouvernement a octroyé une licence d'exploration du pétrole sur le bloc V du rift albertin en plein Parc National des Virunga depuis mars 2012, à la multinationale britannique SOCO International, quelque peu avant l'entrée en action du M23, aujourd'hui vaincu militairement. L'initiative du gouvernement s'est butée à une farouche opposition de la Société civile, les ONGs internationales du domaine de l'environnement et les communautés locales qu'elle a due être stoppée net en 2011, avant de se concrétiser subitement en 2012.
A travers la rencontre du 31 janvier 2014, les autorités congolaises auraient voulu montrer au monde qu'elles consultent les communautés et partenaires locaux au processus. Mais face à l'intransigeance de ces derniers, le gouvernement est obligé de sortir ses griffes et annonce de façon unilatérale  qu'il a choisi de transformer les ressources naturelles du pays en richesse : cas du pétrole.
Le problème posé par l'exploration du pétrole au Nord-Kivu est profond et très délicat. Il met en jeu non seulement des valeurs environnementales et économiques, mais risque d'influer sensiblement sur la fragile sécurité de la province et constituer une nouvelle source des violations des droits de l'homme.  
Dans la présente réflexion, je me propose de reproduire une synthèse du contenu de la discussion entre le gouvernement et la Société civile du Nord-Kivu au cours de l'atelier de ce vendredi 31 janvier 2014 ; ensuite, je reviendrai sur certains enjeux autours de l'exploitation du pétrole dans le parc.
 
1. Points de discussions entre les autorités et la Société civile autour de la problématique de l'exploration du pétrole dans le Parc national des Virunga
 
Au cours de cet échange qui a duré presque toute la journée, les représentants du gouvernement ont soutenu la thèse favorable à l'exploration du pétrole dans les aires protégées, notamment le Parc national des Virunga. Ils se sont essentiellement basés sur les arguments suivants :
  • Les avancées technologiques permettent d'exploiter le pétrole sans détruire les écosystèmes ;
  • La RD Congo n'a pas un cadre juridique dans ce domaine, ce qui est à la base de plusieurs erreurs que le gouvernement prétend vouloir corriger, notamment à travers la loi sur les hydrocarbures actuellement en discussion au parlement ;
  • Le gouvernement veut juste savoir la quantité du pétrole dans le Parc de Virunga avant de prendre la décision.


Pour la Société civile, cependant, il n'est pas certain que les équipements modernes  dont parle le gouvernement soient à la portée de SOCO Internationale qui a obtenu le droit d'explorer le pétrole sur le bloc V, en plein parc des Virunga. La Société civile a par ailleurs soutenu que :
  • Il est absurde que le gouvernement veule élaborer une lois sur les hydrocarbures juste pour couvrir l'octroi immoral des droits d'exploration du pétrole dans le Parc national des Virunga ;
  • Les communautés locales n'ont pas été consultées avant que le gouvernement ne lève l'option d'explorer le pétrole dans le parc et d'octroyer le marché à SOCO ;
  • Des garanties de sécurité pour les communautés locales n'existent pas dans ce deal entre le gouvernement et SOCO ;
  • Rien ne rassure sur le gain que les communautés locales pourraient tirer de l'exploration du pétrole ;
  • Que des activités comme le développement du tourisme dans le parc pourraient générer plus de ressources et des garanties de sécurité et de développement durable en faveur des communautés locales.



Mais la Société civile aura beau argumenter, là dessus le gouvernement rugit : " nous avons levé l'option". Sans aucune autre forme de procès !
 
2. Exploration et exploitation du pétrole dans le Parc national des Virunga : un coup dur pour l'environnement et les intérêts économiques des communautés locales
 
Situé dans l'est de la RD Congo, le Parc national des Virunga est le plus ancien parc d'Afrique. Il regorge une biodiversité exceptionnelle constituée notamment de l'une des plus importantes réserves de gorilles de montagne, espèce en voie de disparition. Ce parc classé patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco a toutefois le malheur de regorger d'importants gisements pétroliers. L'octroi des droits d'exploration à des sociétés pétrolières (TOTAL, ENI et SOCO) par les autorités congolaises menacerait 85 % pourcent de surface du parc et en ce sens menace en même temps la biodiversité du parc et l'écosystème.
 
En plus de cet enjeux environnemental, l'exploration du pétrole dans le parc menace aussi les intérêts économiques des communautés locales riveraines du parc. En fait, le Lac Edouard sur lequel se focalise les action de SOCO constitue une importante source de revenus pour les communautés riveraines qui vivent de la pêche. Au cours d'une concertation entre ONGs et les membres de ces communautés en novembre 2013, elles ont soutenu que la pêche leur procure plus de revenus que ce que SOCO promet comme allocation au développement local.
 
La Société civile a préféré le tourisme au pétrole. Une visite aux gorilles est actuellement évaluée à plus de 300 dollars américains. Ce secteur pourrait rebondir grâce au retour progressif de la paix dans la région. Au Rwanda voisin, le tourisme autour des gorilles génère environ 200 millions de dollars en 2010. Rien n'empêche à la RD Congo d'en faire autant.
 
Mais face à la course au gain facile que représente la manne pétrolière pour le "trésor privé", je voulais dire "Trésor public", des gouvernants, les autorités congolaises préfèrent sacrifier les intérêts des communautés locales et des générations futures au mépris des lois de la République.
 
3. Exploration et exploitation du pétrole au Nord-Kivu : un défit pour la paix et les droits de l'homme
 
Les conflits armés du Nord-Kivu sont intimement liés à l'exploitation illicite des ressources naturelles dont regorge la province. Il s'est créé, à en croire différent rapports des Nations Unies, un vaste réseau d'exploitation illicite des minerais, des ressources naturelle. Rien n'indique que l'exploitation du pétrole échappera à la règle. En effet, la zone qui regorge ce pétrole, le territoire de Rutshuru, est investie par des groupes armés. Le plus important groupe armé qui ait occupé militairement Rutshuru est le M23, heureusement défait par l'armée avec l'aide de la MONUSCO l'année passée au mois de novembre. Depuis l'avènement du M23 et son obstination à instituer une administration (gouvernement) parallèle dans le territoire de Rutshuru, je me suis toujours demandé si à la longue ce groupe armé et les pays qui le soutenaient n'avaient pas en vue le contrôle de l'exploitation du pétrole.
 
SOCO International elle même ne s'empêche pas à recours aux méthodes moins orthodoxes, notamment face à l'opposition croissante face à laquelle elle fait face. A Nyakakoma et Vitshumbi, deux localités au bord du Lac Edouard où SOCO a placé ses installations, c'est des militaires de la force navale qui sécurisent les installations et escorte les missions terrestres et lacustres de l'entreprise. Les militaires de la force navale, au nom de SOCO, recourent à des exactions pour intimider la population. En décembre 2013, un militant local des droits de l'homme a été arrêté et brutalisé par ces militaire sous prétexte qu'il a photographié les installations de SOCO. Mais une des grandes craintes, c'est que la convoitise d'autres groupes armés toujours opérationnels dans la région n'entraine soit des attaques sporadiques, soit un conflit armé généralisé.
Dans ce contexte, il y a tout lieu de craindre l'envolé des violations des droits de l'homme dans la région. Le jour même où les représentants du gouvernement discutaient avec la Société civile - le 31 janvier 2014 -, une manifestation publique d'agriculteurs de Rutshuru contre l'exploration du pétrole dans le parc se faisait violemment chargée par la police. Le gouvernement congolais et SOCO sont en tout cas prêts à tout pour la réussite de leur besogne. En 2012, plusieurs militants des droits de l'homme ont été menacés de mort pour avoir contesté publiquement l'initiative d'exploration du pétrole dans le parc.
Selon certaines confidences, SOCO userait de l'argent pour rallier à sa cause autorités et leaders locaux. A l'occasion de certaines manifestations organisées pour montrer au monde le soutien à SOCO au niveau local, des représentants de SOCO ont distribué de l'argent à certaines personnes pour les stimuler à manifester.

Au regard de ce qui précède, il est clair que les autorités congolaises ont non seulement octroyé à SOCO le droit d'explorer le pétrole dans le parc de Virunga au détriment de l'importance que ce site représente pour l'environnement et l'humanité, mais également lui ont donné carte blanche pour piétiner les lois du pays et les droits fondamentaux des populations locales.
 
 
 

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